Le Singifiant et le singifié

par Xavier Gélard
et Jonathan Martin

Ce texte est paru initialement dans le numéro 2 de Vert Pastiche.

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1. L’œuvre totale, complète, a pour nom le singe.

2. Pour former un singe, il ne suffit pas de produire un pastiche. Il faut encore l’accoler à son référent.

3. Ainsi, un texte n’existe et ne fait œuvre que s’il est flanqué de son pastiche. C’est ce que, dans un passage resté célèbre, Ferdinand de Saussure, qui chaussait du 43, nous a révélé : « Le lien unifiant le singifiant et le singifié est nécessaire, ou encore, puisque nous entendons par singe le total résultant de l’association d’un singifiant à un singifié, nous pouvons dire plus simplement : le singe est nécessaire. »

3. Un texte, une image seule ne font pas œuvre ; Ils le deviennent si on recherche patiemment et avec honnêteté le pastiche qui les complètera.

4. Quelquefois ce pastiche est à l’intérieur du texte ou de l’image elle-même, et alors il convient de le révéler.

5. Tout texte et toute image pensés et repensés, écrits et réécrits, soupesés, mis à l’épreuve, brûlés, graciés, repris, achevés, contiennent leur propre dimension de pastiche. Celle-ci dort à l’intérieur. Les réalisations de cette trempe ressemblent à la Madeleine de Vertigo, qui est à la fois une contrefaçon et son propre modèle. Ils sont des singes, des œuvres.

6. Dès lors, pasticher un texte ou une image que l’on aime, c’est dévoiler le pastiche inhérent à l’œuvre, l’extirper du modèle.

7. Ce qu’on ne peut pasticher, il faut le défaire.